Assurance vie et plan d’épargne retraite (PER) à la succession : sur le papier, ces deux enveloppes fiscales présentent de nombreux avantages pour optimiser la transmission de son patrimoine.
Mais elles ne jouent pas selon les mêmes règles, notamment sur la fiscalité applicable, les abattements et le fameux seuil des 70 ans.
📌 Faut-il privilégier le PER ou l’assurance vie pour la succession ?
Sur le papier, les deux peuvent donc cohabiter intelligemment : l’assurance vie comme enveloppe de transmission de référence et le PER comme enveloppe satellite (surtout pour les contribuables fortement imposés).
💡 Note de Louis : L’assurance vie et le PER sont des enveloppes très liées au cadre juridique français. Elles peuvent se révéler redoutablement efficaces lorsqu’on vit en France et qu’on a vocation à y rester, à condition bien sûr de les utiliser à bon escient. En revanche, elles voyagent mal. Donc si vous avez un projet d’expatriation (et/ou vos enfants), mieux vaut bien se faire accompagner avant d’en faire le socle de toute votre stratégie / allocation patrimoniale.
SOMMAIRE
🔎 PER ou assurance vie à la succession, voici le tableau récapitulatif des principaux éléments :
| ✅ Avantages | ❌ Inconvénients | |
|---|---|---|
| Assurance vie | Épargne disponible par rachat en cours de vie du contrat (donc plus de souplesse pour arbitrer entre besoins personnels et transmission). Transmission civilement hors succession via la clause bénéficiaire, avec abattement de 152 500 € par bénéficaire pour les versements avant 70 ans, sauf cas particuliers comme les primes manifestement exagérées. Fiscalité successorale plus prévisible : la ligne de partage avant/après 70 ans dépend de l’âge au moment des versements, pas de l’âge au décès. Pour les versements réalisés après 70 ans, les gains sont exonérés de droits de succession (…) | Pour les versements réalisés après 70 ans, il y a un seul abattement de 30 500 € pour l’ensemble des bénéficiaires (ce qui réduit l’intérêt successoral des nouveaux versements). Une clause bénéficiaire mal rédigée et/ou non mise à jour au fil du temps peut entraîner des problèmes. (…) mais les prélèvements sociaux restent dus au décès sur les gains non encore taxés. |
| PER assurantiel | Versements volontaires déductibles du revenu imposable (dans les limites prévues par la loi). En version assurantielle, il permet de transmettre un capital à des bénéficiaires désignés. Il peut donc être pertinent dans une logique de retraite et de transmission (à condition d’accepter que la logique de transmission est secondaire). Pas de prélèvements sociaux au décès sur les plus-values latentes du contrat. | Épargne tunnel (sauf cas légaux de déblocage anticipé, on n’y touche pas librement avant la retraite). Anticipation successorale plus faible : pour le PER assurantiel, la fiscalité dépend notamment de l’âge au décès du titulaire. En cas de décès après 70 ans, l’ensemble des sommes dues par l’assureur entre dans le champ de l’article 757 B du CGI. |
➡️ En résumé :
💡 Note de Louis : Et il ne faut pas oublier le compte-titres ordinaire (CTO). Il n’a pas la carotte successorale de l’assurance vie, mais selon la stratégie, il peut parfois faire mieux : univers d’investissement plus complet, moins de frais tous les ans et possible donation des titres du CTO de son vivant.
⚖️ Avec l’assurance vie, les règles du jeu sont plus lisibles (qu’avec le PER assurantiel) :
🧾 Avant 70 ans, les capitaux décès relèvent en principe du régime unique (sui generis) de l’article 990 I du CGI :
Autrement dit, avec des versements réalisés avant 70 ans, l’assurance vie conserve un cadre successoral très favorable.
🧾 Après 70 ans, on bascule sur l’article 757 B du CGI :
💡 Note de David : C’est pour cette raison qu’on dit que l’assurance-vie est plus prévisible que le PER pour transmettre : on maîtrise la date des versements (assurance vie) ; on ne maîtrise pas la date du décès (qui détermine la fiscalité au décès du PER).
Prenons un exemple volontairement simplifié.
💼 Jean possède une résidence principale valorisée 200 000 €, transmise à ses 2 enfants à parts égales. Chaque enfant reçoit donc 100 000 € au titre de la succession classique, ce qui consomme intégralement l’abattement successoral parent-enfant de 100 000 €.
En parallèle, Jean détient une assurance vie Lucya CNP, avec pour bénéficiaires à son décès ses 2 enfants à parts égales :
La seule différence est la date des versements :
➡️ Dans cet exemple, le scénario des versements avant 70 ans est plus favorable. La raison est simple : les primes versées avant 70 ans bénéficient du régime de l’article 990 I du CGI, avec un abattement spécifique de 152 500 € par bénéficiaire, indépendant de l’abattement successoral classique de 100 000 €.
À l’inverse, après 70 ans, l’assurance vie relève de l’article 757 B du CGI : l’abattement tombe à 30 500 € global et la fraction taxable des primes rejoint la logique des droits de succession. Si l’abattement parent-enfant de 100 000 € est déjà consommé par d’autres biens transmis, comme ici la résidence principale, la fiscalité devient mécaniquement plus lourde.
⚖️ En matière de succession, l’assurance vie et le PER assurantiel partagent tous deux un même âge charnière au niveau de la fiscalité : 70 ans.
Avant ou après cet âge, la fiscalité à la succession n’est donc pas la même. Concernant le PER, c’est l’âge du souscripteur au moment de son décès qui est pris en compte.
Note de Nicolas : depuis le début de cet article, nous parlons du PER de type assurantiel. C’est le PER classique : 95 % des PER du marché sont des PER assurantiels (notre comparatif des meilleurs PER). Seuls les PER assurantiels ont un avantage à la succession. A contrario, les PER bancaires n’ont pas d’avantage successoral et ne sont pas le sujet de notre article.
🧾 Si le titulaire du PER assurantiel décède avant 70 ans, les sommes transmises aux bénéficiaires relèvent aussi de l’article 990 I du CGI :
Point important : contrairement à l’assurance vie, aucun prélèvement social sur les gains n’est retenu au décès du PER assurantiel.
🧾 Si le titulaire décède après 70 ans, le PER relève de l’article 757 B du CGI.
Autrement dit, après 70 ans, les gains du PER ne sont pas exclus de l’assiette successorale. Ils entrent dans la base soumise aux droits de succession (après l’abattement global de 30 500 €).
💼 Prenons de nouveau l’exemple volontairement simplifié de Jean.
Jean possède une résidence principale valorisée 200 000 €, transmise à ses 2 enfants à parts égales. Chaque enfant reçoit donc 100 000 € au titre de la succession classique, ce qui consomme intégralement l’abattement successoral parent-enfant de 100 000 €.
En parallèle, Jean détient cette fois-ci un PER Linxea Spirit, également transmis à ses 2 enfants à parts égales (il ne détient aucune assurance vie).
Dans les deux scénarios, les chiffres sont identiques :
La seule différence est l’âge de Jean au décès :
¹ Montant transmis avant fiscalité : 400 000 € / 2 = 200 000 € par enfant. Aucun prélèvement social n’est retenu au décès du PER assurantiel.
² Abattement de 152 500 € par bénéficiaire applicable au titre de l’article 990 I du CGI, sous réserve qu’il ne soit pas déjà consommé par d’autres contrats concernés de Jean.
³ Taxation au taux de 20 % sur la base taxable : 47 500 € × 20 % = 9 500 €.
⁴ Abattement global de 30 500 € applicable au titre de l’article 757 B du CGI, pour l’ensemble des bénéficiaires et contrats concernés de Jean.
⁵ Après 70 ans, l’assiette 757 B du PER porte sur l’ensemble des sommes dues par l’assureur : 400 000 € – 30 500 € = 369 500 €, soit 184 750 € par enfant. Hypothèse : l’abattement parent-enfant de 100 000 € est déjà consommé.
⁶ Droits de succession calculés selon le barème en ligne directe sur 184 750 € par enfant, soit 35 144 € par enfant.
➡️ Dans cet exemple, le PER assurantiel présente un avantage immédiat par rapport à l’assurance vie sur un point précis : aucun prélèvement social n’est retenu au décès. Les enfants reçoivent donc une base brute de 200 000 € chacun, là où une assurance vie peut supporter des prélèvements sociaux sur les gains non encore taxés.
Mais cet avantage ne suffit pas à faire du PER l’outil de transmission le plus prévisible.
La vraie limite du PER assurantiel tient au fait évident que l’épargnant ne maîtrise pas le critère fiscal déterminant : la date de son décès.
Note de David : Il faut donc bien retenir que pour l’assurance vie, ce sont les dates de versement qui tranchent ; pour le PER assurantiel, c’est l’âge au décès. Cette différence rend l’assurance vie plus prévisible pour organiser une transmission.
Pour optimiser une succession, notre position est assez claire : l’assurance vie est une meilleure enveloppe de transmission que le PER.
Le PER peut avoir toute sa place dans une stratégie patrimoniale, mais plutôt comme outil complémentaire. En pratique, il se justifie d’abord pour défiscaliser pendant la vie active.
🥇 L’assurance vie, elle, reste l’enveloppe de référence pour organiser une transmission :
🧩 Attention toutefois : une succession ne se résume jamais à un duel assurance vie contre PER. C’est un enchevêtrement de plusieurs enveloppes fiscales, intermédiaires et placements :
Note de Louis : Et la situation peut vite se complexifier dès qu’un élément international entre en jeu : vous vivez à l’étranger, vos enfants sont expatriés, vous détenez des biens hors de France, ou vous envisagez une mobilité future. Dans ce cas, les règles françaises ne suffisent plus à raisonner correctement.
🧭 Pour les patrimoines importants, les familles recomposées, les situations internationales ou les contribuables fortement imposés, la transmission mérite une véritable analyse sur mesure. Dans ce cas, vous pouvez vous faire accompagner par un conseiller en gestion de patrimoine Prosper Conseil afin de structurer une stratégie cohérente avec votre situation familiale, fiscale et patrimoniale.
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